En Côte d'Ivoire, les professionnels ont identifié un virus qui gangrene tous les medias, l' I3P, il a le défaut tenace de rendre son porteur mal-sain "partial, partiel et partisan".
En France, 62% d'entre nous pensent toujours que les médias dépendent du pouvoir politique quel que soit la tendance (cf Nouvel Observateur - octobre 2007).
Ce n'est pas une révélation, cette question se révèle systématiquement un puissant allergène pour tout journaliste, trés souvent de bonne foi, convaincu d'étre doté - telle la justice mais moins aveugle - d'une balance d'équitabilité !
Alors que l'amateurisme journalistique prolifère allégrement dans la blogosphère et que la presse perd ses marques tiraillée par les intérêts de ses annonceurs et/ou actionnaires, on peut se demander où se trouve la vraie, la bonne, la judicieuse et pertinente information ?
J'en veux pour preuve celle qui est donnée sur l'immobilier.
Le sensationnalisme raccoleur des émissions de quête ("Recherche appartement ou maison" - l'agent immobilier étant un comédien dans la vie...) ou d'enquête (de type "Capital") n'abordent curieusement jamais la question primordiale, ou alors d'un pudique effleurement vite effacé par un fondu au noir.
Je parle du nerf de cette guerre de plus en plus tendue, de ce facteur déterminant qui peut être régulé -à l'inverse du prix au m² qui dépend des lois du marché- je veux dire celui du prix du service !
Quoi de plus immatériel que la mise en relation d'un vendeur et d'un acheteur ? Inutile donc de s'attarder sur le montant étrangement élastique de cette prestation !
Dans le choix cornélien de l'intégrité ou de la rentabilité, le public ne fait guère le poids au regard de l'annonceur qui veut le capter et de l'actionnaire qui veut "profitabiliser".
Même si certains irréductibles luttent encore pour préserver la franchise de leur coudées comme dans le cas des Echos, ce dilemne semble être devenu un concept totalement "has-been".
Et cela s'étend même plus loin qu'un simple conflit d'intérêt.
Dernièrement dans le Monde, un de nos confrères dénoncait le refus de vente d'espaces publicitaires car son concept foncièrement économique aurait pu mettre en danger la cléricature des acteurs immobiliers bien pensant et gardien de l'orthodoxie de la profession.
L'Etude Immobilière a été et est encore victime de ce boycot organisé par un groupe de presse pour les mêmes raisons.
Aujourd'hui, pour que nous puissions ingérer de l'information en continu via chaque jour de nouveaux émetteurs, elle doit s'inscrire dans un paradigme consumériste : de l'info pré-digérée et vidée de toute substance gouteuse !
Les chaines TV se dupliquent à l'identique, tout comme la presse écrite : il n'y a qu'à constater les couvertures des magazines : un florilège de copier-coller.
Je lutte contre la pensée unique dans ma profession où elle est quasiment "culturelle".
En privant le public de l'information ("naturelle" ou même "payante") cela revient à réduire son champ de vision, à l'amener à faire des choix sans conscience, et donc à annihiler sa liberté d'action ou de réaction.
Un libéralisme économique ne peut se passer d'un libéralisme médiatique, on peut toujours en rêver.
Yves GILLET
Fondateur de l'Etude Immobilière