Les prix devraient chuter de 10% en 2009 et de 7% à 8% en 2010, selon Laurent Quignon, économiste chez BNP Paribas. La phase baissière pourrait se poursuivre jusqu'en 2014. La solvabilité des acquéreurs pourrait encore s'améliorer en 2010. Interview.
Quelles sont vos prévisions de baisse des prix pour 2009 et 2010 ?
J'envisage une baisse des prix dans l'ancien d'environ 10% sur l'ensemble de l'année 2009. Les cycles antérieurs nous enseignent que le rythme de baisse des prix est relativement plus important au début de la phase de retournement. La resolvabilisation d'une partie des acquéreurs potentiels qui en résulte freine ensuite progressivement le processus. J'anticipe une baisse moins prononcée en 2010, de l'ordre de -7% à -8%.
Jusqu'à quand, selon vous, les prix resteront-ils orientés à la baisse ?
La baisse des prix devrait s'inscrire dans la durée du fait du caractère endogène des cycles de l'immobilier, lequel s'explique par l'inertie des anticipations. La valeur fondamentale que nous avons calculée à partir d'une formule d'évaluation d'actifs nous suggère que la correction pourrait atteindre environ 30% à 35% sur l'ensemble de la phase baissière. On donc peut considérer approximativement que la moitié du chemin a été parcourue en termes de baisse des prix, mais sans doute pas en termes de durée. Si des variations mensuelles ou trimestrielles positives pouvaient être ponctuellement observées, elle ne remettraient pas en cause la tendance baissière en variation annuelle, susceptible de se poursuivre jusque vers 2014.
Est-ce le bon moment pour acheter ?
Il n'existe pas en la matière de conseil universel mais un conseil adapté à chaque situation, celle de l'acquéreur bien sûr et, dans une moindre mesure, celle du marché immobilier local. Cela étant, le contexte est désormais plus favorable aux acheteurs en termes de taux d'intérêt des emprunts et de marge de négociation des prix. Si vous comptez financer une partie conséquente de votre acquisition avec le produit de la vente d'un bien de valeur équivalente, vous pouvez franchir le pas, à condition de fixer très vite le juste prix et de ne pas surestimer votre bien. Ce travers, fréquent chez les particuliers qui mettent de l'affectif dans leur évaluation, ne pardonne pas dans un marché baissier. Si vous souhaitez, au contraire, acquérir votre résidence principale en réalisant une épargne financière ou en empruntant, je vous invite à ne pas vous précipiter et à réévaluer l'opportunité d'acheter dans un an environ. Les taux d'intérêt des prêts immobiliers auront alors peut-être légèrement progressé, mais votre solvabilité se sera néanmoins améliorée du fait du recul supplémentaire des prix au m2.
Mireille Weinberg, Les Echos